Partager l'article ! Quelques nouvelles d'ici (11-2006 /2)...: Cette petite carte pour te donner quelques nouvelles d'ici. J'aimais bien le supermarché à ...
Cette petite carte pour te donner quelques nouvelles d'ici.
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J'aimais bien le supermarché à l'entrée. Les
gars qui te proposent de tout, LSD, extasy, LSD, extasy, double
face. Le murmure du trip sur fond de vrombissement des
murs.
Il y avait toujours des gros chiens qui couraient partout et te bousculaient au milieu de la nuit, d'autres qui se battaient. En temps normal, ils auraient été effrayants, mais là, non. Sans eux, ça n'aurait pas été tout à fait la fête.
Au petit matin, le réveil des couleurs, avec le froid qui transperce, c'était un peu comme le réconfort de la vie qui reprend, des regards vides qui se posent.
L'espace, c'était le lieu de la fête, mais aussi ce qu'il s'y creusait au coeur de la nuit, ce que le son arrivait à percer et à ouvrir. Double circulation, grosse fatigue.
K. s'est effondrée sur elle-même – comme une chiffe. Elle a dit qu'elle avait chaud, qu'elle se sentait bien. Une minute de coma bienheureux.
Fini l'épuisement, finies les traversées. Il faut inventer d'autres modes. Ou se ranger au calme sur la commode.
Ce qui était intéressant, c'était la manière dont cela permettait de faire imploser la ville, de la creuser de l'intérieur, de la rouvrir tous les week-ends.
Je ne sais pas trop quoi faire maintenant avec la ville toute refermée.
J'arrête de marcher dans la ville pour un temps. Je prends racine, je rassemble. Philosophe, je me dis. Risqué aussi. Mais je ne m'endors pas, je t'assure.
J'oublie énormément. Je garde très peu. Machine à café très très léger.
P. me dit de raconter la free, je raconte la free. E. me dit de raconter la ville, je raconte la ville. C'est mon côté docile.
Fluidité. Il faut être fluide. Je suis fluide.
Je suis très perméable aussi. Sans les autres.... dromadaire dans le désert. Tu peux m'écrire si tu veux (41 bis, rue Planchat - 75020 Paris).
Il y a un rythme à respecter ou à trouver. Rythme et fluidité. Je coule, je saute, hop, j'avance. Ma
nouvelle star, c'est Olivier Cadiot. ![]()
Je pars voir N. à Hanover, New Hampshire (très très petit avec beaucoup de verdure). Je l'ai aimée. Encore aujourd'hui. Elle m'a toujours semblé plus libre que moi. Mais je n'en suis pas sûre.
Elle m'a dit qu'il fallait se salir les mains, se salir tout court. Je me suis fait piercer à cause de son piercing noir sur la langue.
J'ai mis des années à jouir. Maintenant que j'ai compris, je me dis qu'il y a des territoires à explorer, là aussi. Ou est-ce trop risqué ?
Je me dis, tout de même, que l'amour homosexuel est le plus beau. C'est à l'écran que cela se voit, que cela explose.
J'hésite à parler de sexe. Je me demande si c'est nécessaire. Plutôt, je me demande comment en parler. Là, c'est un peu le poil sur la soupe.
Je te conseille Sang et stupre au lycée de Kathy Acker. Là, je lis Merleau Ponty – depuis le temps ! C'est très très bien.
J'ai fait trois voeux, je ne peux pas te dire au risque qu'ils ne se réalisent pas. Peut-être...
C'était comme un rendez-vous amoureux raté, ce concert de Justin Timberlake. J'y reviens, mais il m'obsède un peu parfois.
J'ai eu d'autres stars, c'est assez varié. Christine Angot, Kurt Cobain unplugged, etc. Toujours des moments de lumière. Des moments où une personne avale la lumière de la scène et te dévaste.
La lumière de l'écran aussi : Leonardo di Caprio dans Les Inflitrés, Patricia Arquette dans Lost Highway, Sean Penn dans Mystic River. Je les ai aimés physiquement.
Je confonds toujours David Bowie et Clint Eastwood, Brad Pitt et André Agassi.
Avant, j'avais une écriture jolie, et une autre pratique – dans le feu de l'action. Je crois que les deux ont finalement fusionné.
J'aimerais te raconter une histoire bien ficelée, une fiction bien aboutie, bien rythmée. Pour l'instant, il faudra se contenter de...
Au risque de me répéter, je tourne un peu en rond.
Mais, pour l'instant, je n'ai qu'un nombre de choses limité à dire et je ne veux pas m'empêcher d'y revenir.
On avance cahin-caha.
Il y en a qui sont capables de percées, c'est le tunnel du Mont-Blanc à eux tous seuls. Effondrement des murs, déblayage du terrain pour la collectivité. A leurs risques et périls. Pour l'amour de l'art.
Il m'a dit qu'il pensait travailler sur la relation entre philosophe et artiste. Ça m'a beaucoup touché, forcément – même si depuis il a changé d'avis.
Ce qui m'intéresse là, c'est de voir si ça avance vers quelque chose. Commencer à faire tomber quelques barrières – les miennes.
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La beauté de la folie, c'est de savoir exactement où elle va. Il faut apprendre à la suivre, à voir ce qu'elle nous montre du bout des doigts.
Un soir, champignons, mes mains devenues fripées, totalement effrayantes. J'ai compris longtemps après.
C'était un vrai problème, mes mains – zone corporelle de concentration de culpabilité. Entièrement consacrées à la schizophrénie. Du coup, je regarde ma main en t'écrivant et je me dis que c'est drôle d'écrire.
Hier, je me suis endormie pendant que mes doigts se transformaient en pattes d'araignées. Une grande première. La capacité qu'a l'esprit à broder infiniment sur le même motif me prend toujours à revers.
Il y a l'araignée qui me fonce dessus genre L'homme qui rétrécit, l'arbre qui pousse trop vite, la toile qui se tisse, etc. Toute une grammaire. Ou toute une poétique, je ne sais pas.
Une famille qui explose en plein vol, c'est toujours assez dégueulasse à voir – ce que ça fait ressortir.
La rancoeur monumentale envers la génération de mes parents. Monument à l'aigreur, au milieu de mon salon. Je n'en suis pas fière.
L'amertume des disputes passées ne passe pas. Dans ma naïveté, je pensais que...
Je devais partir à Berlin, je m'installe à Romainville. Je me dis, finalement, c'est politique. Romainville contre Berlin ; Romainville contre Paris. Tout contre, mais de l'autre côté. Nuance.
Je dis (méthode Coué ?), la vie est à Romainville. La vie est au-delà du périphérique. A choisir, regarder de l'autre côté.
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Ce que j'aime dans l'alcool, c'est la circulation, l'effet d'entraînement, le lâcher prise. Tu étais très très bien, l'autre soir.
Il y a un jeu de dosage dans la prise de drogue. Qui dépend de la résistance, de l'esprit d'aventure, de la capacité d'aveuglement, de l'humeur et de l'envie aussi. Mais comment savoir si l'on a dépassé les bornes ?
J'envisage de commencer à relire. Depuis que je ne lis plus, je rêve des livres déjà lus.
Il me semble que le monde, ces derniers temps, s'est rembourré comme un ballon de baudruche. Je dois ajuster la profondeur. Davantage d'épaisseur, comme une nouvelle dimension.
Je ressens une tendresse envers des choses qui ne m'avaient jamais émues jusqu'à présent. Certains objets, même. Je crains la révolution conservatrice.
On a vite fait de devancer les coups, tu ne trouves pas ?
Les choses (toutes sortes) s'incarnent tranquillement dans mon esprit, se gonflent gentiment. Impression – poupée gonflable.
L'univers prend du volume. Pas enceinte pourtant. Comme s'il devenait peu à peu habitable – passé comme présent. Si ça devenait confortable ?
A force d'amasser, je dégoutte. Le filtre est plein à claquer. Plutôt plaisant comme obésité, une sorte d'assise.
Il ne faudrait pas s'y perdre. Rester sur ses gardes, éviter la tentation bisounours : poupée gonflable contre bisounours.
J'ai la tête un peu vide.
Quand je relis les cartes que je t'envoie, j'ai un peu l'impression de lire des maximes de fortune cookies...
Je t'ai tout dit, je crois. Ne m'en veuille pas.
Il commence à faire sombre. Je t'envoie quelques cartes vierges. N'hésite pas.
Je me demande si je n'ai pas perdu ton adresse.
J'espère que tout va bien de ton côté.
Je pense à toi.
Bise.
Aude
Quelque chose s'achève. L'année 1968 semble si loin. Mais ce qui s'éloigne alors n'est pas ce qui en 1968 était le plus nouveau. Ce qui s'éloigne, c'est l'imaginaire politique – parfois même
l'imagerie politique – du XXe siècle qui lui avait servi d'habillage.
(Le temps des émeutes, Alain Bertho)