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Ô Terre, ma poupée, qu’est-ce qui me retient d’te choper par l’colback. Que de mélancolie, ces temps derniers ! Où,
ton insouciance ? J’ai dit fourrage, pas servage. Floraison, pas effusion. Et ce fatras de corps ce matin ? Tu délires ? – ou tu te fous de moi. Tu n’as aucun pouvoir, c’est
ça ? Comme ces boulimiques avec qui je suis sorti : tout impulsion, aucune volonté.
Hé bien, j’vais te prendre au mot. J’vais te rectifier, ma salope. Et crois-moi, ce sera plus douloureux pour moi que pour
toi.
Si elle est là, vas-y, prends-la. Use-la. Abuse-la même.
Apprivoise-la de tes mains. De tes genoux. De ton talon, de ta botte.
Oublie les préliminaires. Et toute civilité. Elle n’est pas civilisée : n’attends rien d’elle en retour. N’espère pas
gagner de temps – bien au contraire.
Si elle est là, elle est puissante. Et elle sera bientôt toute-puissante. Naturelle – plus naturelle que toi : brutale
et servile, bestiale et bouffie, puante. Gorgée de pouvoir : une épure.
Reste au plus près de la source. Concentré. Le regard fixe.
Pratiquer l’art de ne pas voir, c’est la laisser t’arracher les yeux.
J’ai l’air grosse à côté de ces arbres ?
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Avril 2010/Mai 2011 - Texte, Nora Lusterio / Photo et traduction, Aude Tincelin
Quelque chose s'achève. L'année 1968 semble si loin. Mais ce qui s'éloigne alors n'est pas ce qui en 1968 était le plus nouveau. Ce qui s'éloigne, c'est l'imaginaire politique – parfois même
l'imagerie politique – du XXe siècle qui lui avait servi d'habillage.
(Le temps des émeutes, Alain Bertho)