Adieu à LH

 

 

 

 

 

De Le Havre (Adieu à LH, mai 2008)

 

 

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PDLH (Pas De Le Havre)

Ils ne se rendent pas compte. Ils ne se rendent pas compte qu'il n'y a rien à voir, circulez. Ou alors, je ne comprends rien, donc cela doit mener quelque part, donc énergie des folies communes. Si la folie est au Havre, ce serait donc partir de là et y retourner.

Mais pas du Havre – s'il y a folie, elle est à Montivilliers.
Le Havre n’est rien.
Pas un objet.
Le Havre est informe.

Inutile donc d’essayer de saisir LH, d'en montrer des images. De LH, il reste un paysage, un fond de décor, un dépôt. Un sol. Le Havre, c'est mon paysage. Poser ce paysage, c'est en tracer les grandes lignes, comme un filet de sûreté. Le dépôt. Ce que ça a déposé.
LH n’est nulle part, ou alors partout, dans aucune image ou dans toutes, aussi bien à Istanbul qu’à New York ou Alès.
LH flotte entre le souvenir et le fantasme. C’est la boucle, le motif répétitif. Le cube, la frise. Souvenir de petite enfance : le tourniquet de couleur entre les tours.

Souvenir de lutte des classes : maman, pourquoi le garçon sur le tourniquet crache ?
Expériences de la ville – strates urbaines : Le Havre, le béton ; Vancouver, la tour ; Tokyo, le légo.
Le béton comme paysage, le légo comme horizon.

Il n’y a pas à essayer de dire LH. Il n'y a pas eu de vie à LH – un moment d’enfance suspendu, quelques week-ends d’adulte en forme d’adieu à LH.

LH, aujourd’hui, c’est comment dire adieu à LH. Car il n'y aura pas de pèlerinage.


 falaise light

 

 

HDLH (Hors De Le Havre)

La teinte de LH, c'est : années 80 + New Wave + adolescence.
Avec le vélo sur des kilomètres, de nuit dans la campagne.
Et un regret : ne pas être sortie avec R. Ç'aurait été beau alors. Un beau premier amour. Tout juste. C'était la guitare électrique avec le bout de ses doigts très doux.

Mais je n'ai pas eu de vrai amour d'adolescence, j'ai eu une vraie amitié.

HDLH, ce n'était pas Alain Pacadis et le Palace. On arrive après et loin, on est toujours arrivés après.

Je faisais de la flûte traversière. J'étais déjà un peu sortie de la classe moyenne où se trouvaient les autres. En ascension permanente. De plus en plus d'objets, de tableaux, de dorures, avec le panneau dans le jardin pour indiquer le parking, les vacances au ski.

C'est à Jean Prévost que ça se passe, à Turretot et Saint-Sauveur d'Emalleville. La Résidence Beauvallon comme un autre chemin, un recoin du parcours.

HDLH, c'était : les soirées sur la plage et dans les grottes des falaises. Autour d'un feu, beaucoup de liquides. Beaucoup de désir. Pas de conclusions. Les expéditions dans les maisons abandonnées dans la campagne (cuillères en argent, chemise de nuit brodée longtemps portée par la suite, etc.).

C'était déjà creuser la nuit. De manière sédentaire, errante, enivrante et sonore.
Le mode sédentaire : new wave + alcool + salon + les mêmes. Les amis nocturnes, pas tout à fait les mêmes visages que la semaine. Ceux qui se rassemblent chaque samedi autour de la table du salon pour boire et fumer longtemps.
Les soirées inaugurées là et qui ont duré vingt ans. Moi qui boit vite – autorisation de minuit oblige (arrachée de haute lutte, toute la semaine durant, soir après soir). Je continue à boire vite – on ne sait jamais...

Les amis nocturnes, ceux-là et ceux qui suivront.
Et ceux dont l'amitié ne résiste pas au grand jour. Ceux réservés à la nuit. Les chouettes.

 


japon light

 

 

HDLC (Hors De La Classe)

C'est la dissociation.
Col rond la semaine, égarement le week-end. J'ai gardé l'habitude. Le détour salvateur, la régénérescence du petit matin et du sommeil limpide. Lavée par la free-party.

Vingt années de nuits ouvertes, refermées violemment et sans explication.

J'aimerais raconter comment la nuit s'est ouverte, sur un verre de gin tonic, sur une chanson de Dead Can Dance, dans un salon de Saint-Sauveur d'Emalleville.
Des nuits tronquées, un avant-goût, mais une immensité. La déformation des débordements, l'autre côté de la nuit.

A Deauville, j'échoue : en journée, arrivés de la Manche dans une voiture qui cale. On a dormi dans le coffre à trois tout le week-end, mal habillés, pas lavés, M. qui ne sait pas qui tripoter. On la pousse sur les boulevards pour redémarrer et quitter la ville.
Des années plus tard, au petit matin, arrivés de Paris en zigzaguant sur le périph' après une nuit à boire et à parler. Bain glacé. Le désir en attente finit dans un restaurant de Honfleur. Passé l'élan matinal, la fatigue.

Des amours regrettés, il y a R. et il y a A. Surtout R. Pour l'amour de l'adolescence. Pour une adolescence complète. Pour une vraie initiation, pour un vrai passage. Mais c'est l'adolescence même et la confusion des sentiments qui ont eu raison du passage et de l'amour. Un regret pour ces mains douces.

Le mélange des classes n'a pas eu lieu. Resté en bas de la colline, moi en haut. Lui dans sa chambre à lits superposés avec sa guitare électrique, moi dans la mienne avec flûte traversière et vue sur domaine.

L'initiation cinématographique se fait là, en bas de la colline, Résidence Beauvallon. Salon marron en cuir et meubles en bois rustique. A la télé, soirées cinéma sur cassettes VHS, moi à gauche, lui à droite : Shining de Stanley Kubrick. La peur tombe bien, mais n'est pas assez forte.

L'amitié a tout emporté, jusqu'à la peine et la frustration. L'amitié scellée par Rita Mitsouko – adieu Fred Chichin –, la chambre sous les toits de Turretot avec lit partagé au sol et chat qui tousse. L'amitié comme porte de sortie.

L'initiation photographique, c'est dans le garage de M. à Saint-Sauveur d'Emalleville. Initiation au noir. Lumière rouge ici et là et la douceur du pull bleu en points mousse. Les photos sont celles des échappées – dans la campagne, sur la plage.
Les photos de G., notre adorée commune. Tirées en silence.

 


tas light

 

 

HDLA (Hors De L'Adolescence)

Boulevard de Wagram, Paris 17e. Le silence des beaux quartiers et des vieilles à chien.
Je suis sous les toits, chambre de bonne louée à grand-tante, moquette rouge, vue sur les toits. M. vient passer deux jours, me baise et s'en va.

Fin d'une (tragi-)comédie

 

 

Plus tard


Le bruit des skates sur le béton, comme des galets roulés par la mer. Le même grondement apaisant, en plus sexy.


J'ai été ces temps-ci un peu happée par le monde animal – leçon de modestie.

 

pont light

Quelque chose s'achève. L'année 1968 semble si loin. Mais ce qui s'éloigne alors n'est pas ce qui en 1968 était le plus nouveau. Ce qui s'éloigne, c'est l'imaginaire politique – parfois même l'imagerie politique – du XXe siècle qui lui avait servi d'habillage.
(Le temps des émeutes, Alain Bertho)

 

 

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